Rouk & Johnny Hallyday

28 octobre, 2008

Quand les caméras seront parties

Classé sous 10 - Humeurs — rouk1 @ 21:47

Le départ de Soeur Emannuelle et ses actions humanitaires m’ont rappelé un texte lu par Johnny HALLYDAY le 9 janvier 2005 lors d’une émission pour les victimes du Tsunami.

Voici ce texte de Philippe LABRO :

« Et puisque nous ne sommes rien face à la mer qui tue, rien face à ce bruit étrange venu du fond de la terre, ce bruit de 100 000 bombes venu détruire des paysages où rien, plus jamais, ne sera pareil, pensons d’abord, pensons à eux, pensons aux enfants.

Tous ces enfants disparus, toutes ces vies qui n’auront pas lieu. Tout ce qui ne leur arrivera pas. Ce soleil qu’ils ne verront ni se lever, ni se coucher. Ces musiques qu’ils n’entendront pas. Ces écoles où ils n’apprendront pas, où ils ne joueront pas. Ces métiers qu’ils n’exerceront pas, ces passions et ces vocations qu’ils ne pourront pas découvrir ou satisfaire.

Ces joies, ces rires, ces petites misères du quotidien, ces petits bonheurs inattendus, tout ce qui fait de la vie, ce chemin de lumière – ils ne le connaîtront pas.

Tous ces milliers d’enfants pulvérisés, anéantis, par cette cruauté objective, inhumaine, cette chose qu’aucune des plus brillantes inventions du progrès à travers les siècles n’est parvenu à contrôler, cette nature qui a pulvérisé des existences, des familles, des rêves, des pays et des peuples.

Mais puisque nous avons la chance, l’indescriptible, la miraculeuse chance d’être vivants, d’être là, dans nos habitudes, nos conforts, nos routines, notre protection, alors donnons à ceux qui ont survécu, à ceux qui n’ont plus rien, donnons le meilleur de nous-mêmes.

Puisqu’il est clair, aujourd’hui, face à cette catastrophe, que, pour une fois, de façon unanime, les hommes et les femmes se sentent frères et soeurs les uns des autres, donnons en pensées et en actes, en gestes et en compassion.

Donnons en amour. Aidons et aimons. Nous savons bien qu’il faudra des années, des nuits et des jours, pour réparer, reconstruire, cicatriser et guérir. Nous savons qu’il ne faudra pas oublier. Quand les caméras seront parties et qu’il ne restera que la misère, il ne faudra rien oublier.

Il ne faudra pas oublier que ce sera, pour tous ces malheureux, long et dur, douloureux, interminable. Il ne faudra pas retomber dans la solitude rassurante de nos égoïsmes traditionnels.

Il ne faudra jamais oublier que nous sommes tous fragiles, humbles devant les grands mystères de la Nature. Tous les mêmes devant l’imprévisible. Mais nous devons aussi savoir qu’on pourra, un jour, accepter à nouveau de dire que la mer est belle et qu’un ciel bleu n’est pas forcément une menace.

Il faudra ré-apprendre à aimer cette nature qui a tué et s’efforcer de croire que, face au Mal sans visage, la bonté, la tendresse, l’espoir ont un visage, celui de l’Amour. Pourvu qu’il tende la main à l’autre, l’homme peut tout affronter.

C’est cela qu’il ne faudra pas oublier quand les caméras seront parties et qu’il restera la misère de ceux qui n’ont plus rien, nos soeurs et nos frères ».

Philippe Labro

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